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Assemblées annuelles de la BAD à Brazzaville : vers une révolution du financement africain ?
Ce lundi 26 mai, la Banque africaine de développement (BAD) ouvre ses assemblées annuelles à Brazzaville, au Congo. Premier grand rendez-vous pour le nouveau président Sidi Ould Tah, nommé en 2024, ces assises se tiennent dans un contexte géopolitique et économique mondial particulièrement instable. Au cœur des débats : comment mobiliser à grande échelle les ressources financières du continent africain pour son propre développement.
Un tournant, pas une réunion de routine
Pour Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique et enseignant à l’Université du Cap, ces assemblées sont « vraiment un tournant ». Il identifie trois raisons majeures qui rendent cette édition exceptionnelle.
Dans un monde où le pessimisme économique domine, l’Afrique affiche, elle, un certain optimisme. Carlos Lopes l’explique simplement : les Africains comprennent de plus en plus que les solutions doivent venir du continent lui-même, malgré l’importation de l’inflation et les perturbations économiques héritées des conflits mondiaux.
4 000 milliards de dollars qui dorment
Le grand thème de ces assemblées — « mobiliser des ressources à grande échelle » — pointe une réalité souvent ignorée : l’Afrique dispose déjà de l’argent. Fonds de pension, fonds souverains, réserves des banques centrales, banques commerciales, systèmes d’assurance… Le total avoisine les 4 000 milliards de dollars. Mais cet argent ne finance pas le développement africain.
Pourquoi ? Parce que les agences de notation surévaluent systématiquement le risque africain. Les gestionnaires de fonds de pension, contraints par leurs mandats à limiter les risques, préfèrent confier l’argent à des géants financiers extérieurs comme BlackRock. Le résultat : des capitaux africains qui travaillent pour d’autres économies.
La BAD comme levier d’un écosystème financier continental
Pour renverser cette logique, Carlos Lopes plaide pour un changement structurel profond. La BAD ne devrait plus seulement prêter : elle devrait devenir le chef d’orchestre d’un écosystème financier africain, en participant au capital d’autres institutions financières du continent selon un principe de subsidiarité.
Ce modèle n’est pas théorique. Sidi Ould Tah l’a déjà testé lors de son mandat précédent à la BADEA, où il a multiplié le capital par six. Son objectif à la BAD : multiplier le capital par dix.
L’autre chantier urgent concerne la lenteur kafkaïenne des processus d’approbation des projets. Aujourd’hui, un simple projet de barrage ou de route mobilise quatre à six organisations, chacune réalisant ses propres vérifications en parallèle. Résultat : sept à dix ans pour approuver un projet. La BAD entend mettre fin à ce chevauchement en imposant une vérification unique et coordonnée.
Pourquoi maintenant ? Parce que les promesses ont été trahies
Ce virage n’est pas anodin. Il intervient après une série de désillusions qui ont mis à nu la dépendance africaine aux promesses extérieures jamais tenues.
C’est dans ce contexte de trahisons répétées des institutions financières internationales que la BAD entend changer la donne. Non pas en suppliant davantage, mais en construisant une architecture financière autonome, africaine, capable de transformer l’épargne du continent en moteur de son industrialisation.
Ces assemblées de Brazzaville pourraient bien marquer le début d’un autre récit — celui d’un continent qui cesse d’attendre et commence à construire.





