
Désiré Ecaré : quand le cinéma ivoirien politise l’exil et le désir
Désiré Ecaré : quand le cinéma ivoirien politise l’exil et le désir
Dans les années 1960 et 1970, le cinéaste ivoirien Désiré Ecaré filmait depuis Paris ce que peu osaient montrer : le racisme ordinaire, le désir d’émancipation, et les contradictions vécues par la diaspora africaine en France. Cinquante ans plus tard, ses œuvres restaurées résonnent avec une acuité troublante.
Deux films fondateurs du cinéma africain
Diplômé de l’IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques) en 1966, Ecaré réalise en 1968 son premier court-métrage, Concerto pour un exil. Le film plonge dans le quotidien de la diaspora ivoirienne à Paris, entre solitude, aliénation et résistance intime.
L’œuvre remporte le Grand prix du court-métrage au Festival international du jeune cinéma à Hyères, mais soulève aussi, chez son auteur, des questions profondes sur sa place en tant que cinéaste africain en France
En 1970, il tourne À nous deux, France !, film plus mordant et satirique, centré cette fois sur les femmes africaines marginalisées par leurs compatriotes venus étudier en France. Ecaré y dissèque le racisme dans sa forme la plus banale et la plus hypocrite, mêlant désir, pouvoir et domination sous couvert d’humour.
Un regard structurel sur le racisme et le genre
Ces deux films ne se contentent pas de décrire des expériences individuelles. Ils exposent des mécanismes sociaux, des contradictions collectives et des compromissions intimes qui traversent les communautés diasporiques.
Après ces deux films, Ecaré retourne vivre en Côte d’Ivoire. Il réalise en 1985 son troisième et dernier long-métrage, Visages de femmes, avant de s’éloigner du cinéma.
Une redécouverte portée par de nouvelles restaurations
Grâce aux restaurations menées par Argos Films et la Cinémathèque Afrique de l’Institut français, une nouvelle génération — en France comme en Côte d’Ivoire — peut aujourd’hui s’emparer de ces œuvres. Ces projections rouvrent des espaces de discussion sur la représentation des femmes noires à l’écran, les rapports de genre et le désir d’exil.
C’est dans ce contexte que le cinquième épisode de la série podcast Cinéastes d’Afrique consacre un portrait à Désiré Ecaré. Porté par la voix d’Amandine Gay, autrice et réalisatrice, l’épisode mêle archives radiophoniques, extraits des films et entretiens inédits avec Juhan Ecaré, fils du cinéaste et musicien, Amandine Nana et Marie-Hélène Banimbadio.
Cinéastes d’Afrique est une série écrite par Maxime Grember, réalisée par Simon Decreuze et produite par la cellule podcast de RFI en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français. Disponible sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Amazon Music et via flux RSS.




