Violences sexuelles à Tarnos : des parents se lèvent pour dire « on vous croit »

Le samedi 11 juillet 2026, le parvis de la mairie de Tarnos s’est habillé de blanc. Près de 150 personnes — enfants, parents, grands-parents — se sont rassemblées en sit-in pour exprimer leur soutien aux familles et aux victimes présumées d’agressions sexuelles commises au sein du centre de loisirs municipal de cette commune landaise de 11 500 habitants. Trois jours plus tôt, un animateur d’une trentaine d’années avait été mis en examen et placé en détention provisoire pour trois viols et trois agressions sexuelles sur des enfants âgés de 3 et 4 ans.

L’histoire commence bien avant ce samedi de juillet. L’animateur travaillait dans ce centre depuis 2015, et aurait eu en charge plus de 400 enfants au fil des années. C’est cette durée, cette proximité accumulée, qui rend l’affaire si difficile à absorber pour les familles. Les faits ne concernent pas un inconnu de passage — ils touchent quelqu’un que l’on connaissait, en qui l’on avait confiance, à qui l’on confiait ses enfants chaque matin.

C’est dans ce contexte que des parents d’élèves ont appelé au rassemblement. Marion, l’une des organisatrices, a pris la parole devant la foule avec une clarté désarmante : « Les familles de victimes sont dans la foule, elles sont anonymes, on ne les connaît pas, mais eux, ils nous voient. C’est pour eux qu’on est là, pour leur montrer qu’on les croit, qu’on les soutient et surtout qu’on les écoute. » Dans une société qui doute encore trop souvent des victimes de violences sexuelles — surtout quand elles sont très jeunes, surtout quand l’accusé est bien intégré — ce mot d’ordre, on vous croit, n’est pas anodin. Il est politique.

Le rassemblement n’était pas qu’une manifestation silencieuse. Il s’est voulu espace de parole, de partage, d’échange entre adultes sur la manière d’aborder ces réalités avec les enfants. « Ce n’est pas qu’une manifestation, c’est aussi un moment de discussion, un temps de parole et un soutien psychologique, ça peut faire du bien », a témoigné une mère de deux enfants. Une pancarte résumait l’essentiel : Aucun enfant ne devrait avoir peur.

Parmi les parents présents, Pascal, père de deux enfants de 6 et 8 ans tous deux inscrits au centre et en contact avec l’animateur mis en cause, a mis des mots sur une angoisse désormais partagée par beaucoup : « Évidemment on est inquiet à l’idée de remettre ses enfants quelque part. On se dit que ça peut arriver partout, et on ne s’y attend jamais. » Représentant des parents d’élèves, il appelle néanmoins à ne pas basculer dans la paralysie : « Il ne faut pas tomber dans la psychose, mais il faut être ultra-vigilant. » Ce double mouvement — ne pas céder à la panique, mais refuser aussi la minimisation — dit quelque chose d’important sur ce que traversent ces familles.

Car au-delà du traumatisme immédiat, une colère sourde monte contre la gestion institutionnelle de la crise. Dans leur communiqué diffusé avant le rassemblement, les parents réclamaient « des réponses claires » et une « prise en charge psychologique gratuite pour les enfants et les parents concernés ». Ce qu’ils ont obtenu de la mairie ? Une liste de numéros d’associations. Marion ne mâche pas ses mots : « Envoyer une liste avec les numéros d’une association, ce n’est pas ça, une cellule psychologique. Ce n’est pas ça, de l’aide. » Sa pancarte posait la question que beaucoup se posent : On attend quoi pour protéger nos enfants ?

Une psychologue de Tarnos spécialisée dans l’accompagnement des enfants, qui a souhaité garder l’anonymat, a confirmé ce vide institutionnel depuis le terrain. Elle reçoit, dit-elle, « énormément d’appels chaque jour, avec beaucoup de demandes d’aide ». Des professionnels se sont mobilisés entre eux pour intervenir rapidement — sans obtenir aucun retour des autorités locales. « Nous voudrions que cette prise en charge soit organisée », a-t-elle déploré. Ce n’est pas une demande extravagante. C’est le minimum.

Le maire de Tarnos, Marc Mabillet, s’est défendu en citant l’Agence régionale de santé, qui lui aurait indiqué qu’une cellule psychologique formelle pourrait avoir « un effet boule de neige » contre-productif. Il dit suivre en priorité les familles directement concernées et tenter d’accompagner les autres. Il reconnaît lui-même être « sur un fil de rasoir » : « On découvre la situation au fur et à mesure. On est en cellule de crise. » Cette transparence sur l’impréparation est au moins honnête — mais elle ne suffit pas à répondre à l’urgence que vivent les familles, ici et maintenant.

Une réunion entre parents d’élèves était prévue le mercredi 15 juillet. Marion l’a annoncé sans ambiguïté : « Ce n’est que le début de la mobilisation des parents. Ce n’est pas le premier sit-in, et ce ne sera pas le dernier. » Les structures qui devaient protéger ces enfants ont failli — et les parents, eux, ne comptent pas se taire.