Colombie : De la Espriella contre Cepeda au second tour — le pays face à un choix de société

Colombie : un millionnaire admirateur de Trump contre un défenseur des droits humains au second tour de la présidentielle

La Colombie se prépare à un second tour présidentiel historique qui opposera Abelardo de la Espriella, avocat millionnaire et admirateur déclaré de Donald Trump, à Iván Cepeda, sénateur de gauche et figure emblématique de la défense des droits humains. Un face-à-face qui cristallise les fractures profondes d’un pays encore marqué par des décennies de conflit armé, d’inégalités structurelles et de luttes sociales.

Deux visions irréconciliables de la Colombie

Abelardo de la Espriella est une figure controversée. Avocat de renom, il a notamment défendu des paramilitaires et des narcotrafiquants devant les tribunaux colombiens. Sa rhétorique nationaliste et autoritaire, ouvertement inspirée du trumpisme, séduit une partie de l’électorat conservateur et des classes aisées.

En face, Iván Cepeda Castro incarne une gauche ancrée dans la mémoire des victimes. Fils du sénateur assassiné Manuel Cepeda Vargas, il a consacré sa carrière politique à documenter les crimes d’État, les liens entre paramilitarisme et pouvoir, et à porter la voix des communautés marginalisées devant les institutions nationales et internationales.

Le poids de l’histoire dans les urnes

Ce second tour ne se résume pas à un simple duel de personnalités. Il reflète des tensions structurelles qui traversent la société colombienne : la question de la mise en œuvre des accords de paix de 2016, la persistance des violences contre les leaders sociaux et les communautés autochtones et afro-colombiennes, et l’aggravation des inégalités économiques.

La Colombie est l’un des pays les plus inégalitaires d’Amérique latine. Selon la Banque mondiale, son coefficient de Gini reste parmi les plus élevés du continent. Ce contexte socio-économique pèse lourd dans les choix électoraux, notamment dans les régions rurales et les quartiers populaires des grandes villes.

Les mouvements sociaux en alerte

Les organisations féministes, les collectifs afro-colombiens et les mouvements paysans suivent ce scrutin avec une attention particulière. Pour eux, une victoire de De la Espriella représenterait un recul majeur sur les droits des femmes, les politiques environnementales et la justice transitionnelle.

« Ce n’est pas une élection ordinaire », déclarent plusieurs organisations de défense des droits humains. « C’est un référendum sur le modèle de société que nous voulons construire — ou détruire. »

Cepeda, une candidature sous pression

La campagne d’Iván Cepeda s’est construite sur une coalition large de forces progressistes, mais elle doit faire face à une machine médiatique et financière largement favorable à son adversaire. Les grands médias colombiens, détenus pour la plupart par des groupes économiques proches des élites traditionnelles, ont accordé une couverture inégale aux deux candidats.

Les réseaux sociaux et les médias alternatifs jouent donc un rôle crucial pour faire entendre le programme de la gauche, notamment auprès des jeunes électeurs et des communautés rurales longtemps exclues du débat politique national.

Un vote aux résonances continentales

Ce second tour colombien s’inscrit dans un moment charnière pour l’Amérique latine, où la montée des droites autoritaires — au Salvador, en Argentine, en Équateur — se heurte à des résistances populaires croissantes. Le résultat de ce scrutin aura des répercussions bien au-delà des frontières colombiennes.

La date du second tour n’a pas encore été officiellement confirmée. Les résultats du premier tour, eux, ont révélé une société profondément divisée, où chaque voix comptera pour décider de quel côté de l’histoire la Colombie choisit de se placer.