Coupe du monde 2026 : la FIFA engrange des milliards, les fédérations se battent pour des miettes

45 millions d’euros pour gagner la Coupe du monde. C’est la prime maximale que la FIFA verse au champion du monde de football. Pendant ce temps, Chelsea a empoché 105 millions pour avoir remporté la Coupe du monde des clubs. La FFF, elle, trouve ça indécent — et elle n’a pas tort.

Tout commence bien avant le coup d’envoi de cette édition 2026. La FIFA projette près de 9 milliards d’euros de recettes pour le tournoi — un chiffre colossal, fruit de droits télévisés astronomiques, de contrats de sponsoring pléthoriques et d’une machine commerciale huilée à la perfection par Gianni Infantino et son équipe. Les sélections nationales, elles, courent, transpirent, qualifient leurs nations et font vibrer des milliards de téléspectateurs. Mais quand vient l’heure de partager le gâteau, la part qui leur revient reste étrangement mince.

La France en demi-finale, la FFF compte ses sous

En atteignant le dernier carré de la compétition, les Bleus ont d’ores et déjà garanti à la Fédération française de football une prime minimale de 25,8 millions d’euros. Une somme que beaucoup qualifieraient de confortable — mais pas Philippe Diallo. Le président de la FFF, dans un entretien accordé à L’Équipe, a choisi de dire tout haut ce que beaucoup de dirigeants fédéraux murmurent tout bas.

Il commence par relativiser, avec la prudence habituelle des gestionnaires : « Pour les comptes, la FFF n’est pas dépendante financièrement de la Coupe du monde. » Mais il ne s’arrête pas là. Parce que derrière la formule apaisante, il y a un constat plus tranchant, plus structurel : « Une Coupe du monde, c’est très cher et insuffisamment rémunératrice. » Préparer une sélection nationale sur quatre ans, financer les infrastructures, les staffs, les déplacements — tout cela a un coût que les primes de la FIFA peinent à couvrir.

Chelsea mieux payé que le futur champion du monde

C’est la comparaison que Philippe Diallo a sortie pour illustrer l’absurdité du système, et elle fait mouche. « Je considère que le mérite sportif n’est pas suffisamment valorisé : pour gagner la Coupe du monde des clubs, Chelsea a touché 105 millions d’euros et le futur champion du monde aura 45 millions d’euros. Cela interroge. » Effectivement, cela interroge. Un club privé, propriété d’un consortium américain, repart avec plus du double de ce que touchera la nation qui aura soulevé le trophée le plus convoité de la planète football.

Cette logique n’est pas un accident comptable — elle est le reflet d’un choix politique assumé par la FIFA, qui a fait de la Coupe du monde des clubs un produit commercial prioritaire, au détriment des sélections nationales. Les fédérations, elles, portent le poids de la formation, du développement du football populaire, des ligues régionales, des équipes féminines — tout ce qui ne génère pas directement de droits télévisés mirobolants mais qui constitue le socle vivant du sport.

Sur le terrain, les Bleus jouent leur finale

Pendant que les dirigeants débattent de la répartition des richesses, les joueurs, eux, ont une mission concrète : ce mardi 14 juillet, les hommes de Didier Deschamps affrontent l’Espagne en demi-finale. Une victoire ouvrirait la porte de la finale et ferait grimper un peu plus la prime versée à la FFF. Les Bleus avaient auparavant éliminé le Maroc sur le score de 2-0 en quarts de finale, poursuivant un parcours qui tient toutes ses promesses sportives.

Mais au-delà du score et des primes supplémentaires qui pourraient tomber, la question posée par Diallo reste entière. Dans un système où la FIFA concentre des milliards tout en distribuant des miettes aux acteurs qui font l’essence même du football — les nations, les joueuses et joueurs, les fédérations souvent déficitaires du Sud global —, il est difficile de ne pas voir une structure de pouvoir profondément inégalitaire. Ce n’est pas une question de mauvaise gestion : c’est une question de qui décide, et pour qui.