Burkina Faso : la junte suspend 360 associations et étouffe la société civile

Burkina Faso : la junte suspend 360 associations et étouffe la société civile

La junte militaire du Burkina Faso a suspendu mardi 359 associations pour « non-renouvellement de leurs instances », selon un arrêté du ministre de l’Administration territoriale Émile Zerbo. Cette offensive contre la société civile fait suite à la dissolution, une semaine plus tôt, de 118 autres organisations, majoritairement actives dans la défense des droits humains.

Religion, droits humains et environnement dans le viseur

Les associations visées interviennent dans des secteurs variés : religion, environnement, droits humains, sport, éducation et solidarité. L’arrêté ministériel précise que « seules les actions tendant à régulariser la situation de chaque association sont autorisées » pendant la suspension.

Cette mesure s’appuie sur une loi promulguée en juillet 2025 par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir lors du coup d’État de septembre 2022. Le texte encadre drastiquement la liberté d’association, les ONG et les syndicats, officiellement pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du « terrorisme ».

Un prétexte sécuritaire pour museler l’opposition

Les autorités justifient cette législation par la nécessité de « renforcer la transparence » et de cartographier les organisations présentes sur le territoire. Le Burkina Faso subit depuis plus d’une décennie les attaques de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Mais les organisations internationales y voient autre chose. Human Rights Watch dénonce lundi une intensification de la « répression généralisée de la société civile ». Amnesty International parle d’un « détricotage massif du tissu associatif burkinabè » qui s’inscrit dans une répression politique et administrative systémique.

Vers la fin de la démocratie assumée

Depuis sa prise de pouvoir, Ibrahim Traoré multiplie les mesures autoritaires. Il a suspendu puis dissous définitivement tous les partis politiques en février 2026, fermé de force les comptes bancaires des ONG et déclaré que les Burkinabè devaient « oublier la démocratie ».

Le capitaine revendique une « révolution progressiste populaire » et mène une politique souverainiste alignée sur l’Alliance des États du Sahel, aux côtés du Mali et du Niger. Une alliance qui transforme progressivement la région en zone d’exclusion démocratique.

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