
Le Pen et Bardella en scène : l’unité affichée à trois jours d’un verdict qui pourrait tout changer
À trois jours d’un arrêt qui pourrait lui barrer la route de l’Élysée, Marine Le Pen a choisi le Pas-de-Calais pour orchestrer une démonstration de solidarité avec Jordan Bardella. Un banquet champêtre à Liévin, des friteries, des granitas, de la bière pression et une playlist des années 80 sous le soleil déclinant du bassin minier : le décor avait tout du rassemblement populaire décontracté. Mais derrière les selfies et les sourires, la gravité de l’enjeu pesait sur chaque mot prononcé.
Un duo sous pression, une scène soigneusement composée
Tout a commencé bien avant ce samedi 4 juillet. Depuis des semaines, la cour d’appel de Paris instruit le dossier qui pourrait confirmer l’inéligibilité de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Rassemblement national. Si la condamnation en première instance est maintenue mardi, la cheffe de file de l’extrême droite française se verrait interdire de concourir à l’élection présidentielle de 2027 — une quatrième tentative qu’elle préparait depuis longtemps. C’est dans ce contexte que le RN a organisé ce rassemblement, présenté comme un moment de convivialité militante, mais conçu avant tout comme une opération de communication politique.
Le parti avait prévu 1 200 chaises. Une partie d’entre elles sont restées vides. Quelques centaines de militants s’étaient tout de même déplacés dans ce territoire où Le Pen dit avoir « tout vécu » — « de très belles victoires » comme de « douloureuses défaites ». La sono, elle, jouait un remix électro du Mourir sur scène de Dalida, chanson fétiche de Marine Le Pen, dont la résonance symbolique, à soixante-douze heures du verdict, n’échappait à personne.
Bardella en héritier désigné, Le Pen en mentor consentante
Jordan Bardella est arrivé quelques minutes après sa mentor, s’attardant dans la foule, multipliant les photos avec des militants visiblement galvanisés par sa présence. Populaire, incontestablement. Mais ce samedi, il tenait avant tout à incarner la loyauté. « Je veux lui redire mon total soutien, ma totale amitié, lui redire que je me suis engagé pour elle en politique, pour la voir élue présidente de la République », a-t-il déclaré depuis l’estrade, insistant sur le fait que ni l’un ni l’autre n’agissait par « ambition personnelle », mais par « devoir » et par une « vocation sacrificielle de l’engagement politique ».
Marine Le Pen, assise au pied de l’estrade avant de prendre la parole, a répondu en miroir. Si la justice lui « interdit de se présenter à la présidentielle », elle soutiendra Bardella « tous les jours », « avec une grande énergie, une grande conviction et une grande confiance ». Elle a dit avoir pour lui « une immense amitié » et « une immense confiance » qu’il n’a « jamais trahie ». Le flambeau est prêt. La passation est répétée.
Une unité de façade sur des fissures bien réelles
Cette mise en scène n’était pas gratuite. Dans les semaines précédentes, des prises de position dissonantes entre les deux figures du camp nationaliste avaient alimenté les doutes sur la solidité du « ticket » qu’ils entendent présenter aux électeurs, quel que soit le verdict de mardi. Il fallait cette image de cohésion pour faire taire les rumeurs, rassurer les militants et, surtout, convaincre un électorat qui vote avant tout pour un projet — ou du moins veut le croire.
Parmi les participants, les témoignages allaient dans ce sens. Pascal, 60 ans, expliquait sans détour n’être « pas venu pour la fête », mais parce que « c’est le moment ou jamais pour que la France change ». Émilie, élue à Lillers, 33 ans, reconnaissait que « ce serait dommage que Marine ne puisse pas y aller », avant d’ajouter aussitôt que « le parti n’est pas à l’abandon, il y a Jordan pour prendre le relais ». Nicolas, 54 ans, résumait à sa façon : « Quel que soit le candidat, c’est les idées qui priment. »
De programme, pourtant, il fut très peu question dans les discours du tandem. L’essentiel des piques fut réservé aux adversaires désignés : Jean-Luc Mélenchon et sa prétendue « politique racialiste », Gabriel Attal et Édouard Philippe, réduits à des « mini-Macron ». Ce dernier tenait d’ailleurs son premier meeting de campagne le lendemain à Paris — un calendrier que le RN n’a pas manqué de noter.
« Soyez prêts pour cette bataille qui va démarrer »
Quoi qu’il arrive mardi, le ton était à la mobilisation. « Nous ne nous découragerons jamais, nous lutterons toujours, nous irons jusqu’au bout, jusqu’à la victoire », a clamé Marine Le Pen devant ses partisans. Jordan Bardella, lui, a lancé un avertissement à ses troupes : « Ce n’est pas parce que nous avons de bons sondages qu’il faut aller à l’élection tranquillement. Soyez prêts pour cette bataille qui va démarrer. »
Marine Le Pen a conclu son intervention en citant le Chant des partisans, hymne de la Résistance française : « Ami si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place. » Le choix de cette référence, de la part d’un mouvement dont les racines idéologiques plongent dans la collaboration et l’extrême droite historique, mérite d’être relevé — et questionné. Mais ce samedi à Liévin, personne dans la salle ne semblait disposé à le faire.




