
Bretagne : la montée en puissance de l’extrême droite violente dans une région historiquement modérée
Des expéditions punitives en plein cœur de Brest
Lundi 29 juin, douze personnes comparaissent devant la justice à Brest pour l’attaque violente du Café de la Plage, un bar de centre-ville ciblé par un groupuscule d’extrême droite. Ce procès met en lumière une réalité de plus en plus préoccupante : la montée des violences racistes, antisémites et islamophobes en Bretagne, région longtemps considérée comme un bastion du vote modéré.
Ce soir de septembre 2025, une vingtaine de personnes cagoulées ont débarqué sur la terrasse du café, connue pour ses affiches et son ancrage à gauche. Erwan, présent ce soir-là, décrit la scène : « Il y avait un premier groupe qui a gazé la terrasse et après, ils se sont rués sur eux et ils ont tabassé tout le monde. Sur les vidéos, tu vois des gens avec des battes de baseball ou des espèces de barres en métal. »
Pour lui, le message est clair : « Ça rend très concret la poussée de l’extrême droite en France. » Le slogan « Brest est natio » a résonné pendant l’attaque — une signature sans ambiguïté.
Le RN progresse de 10 % en Bretagne : un terreau politique favorable
Pour Olivier Cuzon, vice-président de la Ligue des droits de l’homme de Brest, la violence des groupuscules radicaux ne s’explique pas sans son contexte politique. Aux législatives de 2024, le Rassemblement national a progressé de 10 % dans les quatre départements bretons.
« La face institutionnelle, à savoir le Rassemblement national, donne une forme d’immunité à ces groupuscules, au point d’aller casser la gueule des personnes racisées ou des personnes qui affichaient ostensiblement leur attachement à la communauté LGBT », analyse-t-il.
Cuzon dresse un tableau alarmant du territoire : à Rennes, une extrême droite violente sévit depuis longtemps autour des facultés ; à Lorient, des groupes se sont organisés en véritables milices, prétendant « aider » les forces de l’ordre à rétablir l’ordre après le meurtre de Naël. « En Bretagne, c’est nouveau », reconnaît-il, même si ces phénomènes sont documentés ailleurs en France depuis des années.
Syndicats et partis de gauche dans le viseur
L’extrême droite ne s’en prend pas seulement aux bars ou aux personnes racisées et LGBTQ+. Les organisations syndicales et politiques de gauche sont également ciblées. Au local du syndicat Solidaires 29, des militants montrent des stickers retrouvés collés sur leur porte : « C’est marqué « zone nationaliste » avec la fleur de lys et la croix celtique. »
Locaux tagués, serrures bouchées, manifestations perturbées : les intimidations se multiplient. Pourtant, les syndicalistes refusent de céder à la peur. « Une attaque comme celle du Café de la Plage, c’est un peu terroriste. Ils ne nous empêcheront pas de militer et de défendre les valeurs qu’on a chevillées au corps », affirme l’une d’elles.
L’autre pointe le spectre de Lyon, devenu selon elle un « laboratoire de l’extrême droite » depuis des années, où les agressions sont devenues une réalité quotidienne pour les militant·es. « Il est hors de question que Brest devienne une « zone natio », comme ils disent. »
Une enquête au point mort, des violences qui continuent
Depuis l’attaque du Café de la Plage, la terrasse a été réparée. Mais l’enquête n’a toujours pas abouti : le groupe de supporters ultras soupçonné d’avoir mené l’expédition reste injoignable. Les actes ne se sont pas arrêtés pour autant.
Le 22 avril dernier, des tags nationalistes ont été découverts sur les murs d’un lycée brestois. La question n’est plus de savoir si l’extrême droite violente est présente en Bretagne — mais jusqu’où elle entend aller.




