
Racisme au Sénat paraguayen : quand une élue insulte Mbappé et que son propre gouvernement doit s’excuser
Une sénatrice qui insulte un joueur noir sous couvert de défaite sportive, et un gouvernement contraint de se désolidariser publiquement. L’incident qui a éclaté après la qualification de la France face au Paraguay (1-0) en Coupe du monde révèle quelque chose de bien plus profond qu’un simple dérapage individuel.
Un racisme « décomplexé », assumé depuis un siège de pouvoir
Celeste Amarilla, sénatrice paraguayenne, a choisi de réagir à l’élimination de son équipe en ciblant Kylian Mbappé avec des propos à caractère raciste. Pas dans un couloir, pas dans un moment d’emportement privé — mais publiquement, depuis la position d’autorité que lui confère son mandat. C’est précisément là que réside le cœur du problème : le racisme ne surgit pas du vide, il prospère là où le pouvoir lui offre une tribune.
Mbappé a répondu directement sur X, avec une clarté qui tranche avec les habituelles formules diplomatiques du monde du football. « Vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction », a-t-il écrit, avant d’ajouter que l’inconscience et le « racisme décomplexé » de la sénatrice avaient effacé, aux yeux du monde entier, le parcours historique des joueurs paraguayens. Il n’a pas minimisé, il n’a pas « tourné la page » — il a nommé.
Et nommer, dans ce contexte, est un acte politique. Mbappé est capitaine de l’équipe de France, figure internationale, homme noir dans un sport où le racisme des tribunes — et des institutions — reste une réalité structurelle documentée. Sa réponse dépasse le cadre personnel : elle oblige à regarder en face ce que signifie occuper ce type de poste tout en proférant ce type de propos.
Le gouvernement condamne, mais la structure, elle, demeure
Face au scandale, le gouvernement paraguayen a publié un communiqué officiel dans lequel il « déplore et condamne » les déclarations de la sénatrice, les qualifiant de contraires aux « valeurs et aux principes qui inspirent la coexistence pacifique et le respect de la dignité humaine » promus par le pays. Il a réaffirmé son engagement contre le racisme, la xénophobie et toute forme de discrimination, et exprimé sa solidarité envers les personnes affectées par ces propos.
Ce type de communiqué est devenu un réflexe institutionnel rodé : condamner vite, fort, et passer à autre chose. Il faut noter que le gouvernement condamne les propos, non la présence de telles personnes aux postes de pouvoir. La sénatrice Amarilla reste en fonction. Aucune procédure de destitution n’est mentionnée, aucune sanction formelle évoquée. Le racisme est dénoncé comme une exception morale, alors qu’il fonctionne comme un système — un système qui permet à des élues de cibler des hommes noirs sans perdre leur siège.
L’épisode illustre une tension que les mouvements antiracistes dénoncent depuis longtemps : les États sont prompts à afficher leur réprobation symbolique, beaucoup moins à construire des mécanismes réels d’accountability pour leurs représentants. Condamner Amarilla sans la sanctionner, c’est envoyer un message très précis sur le prix réel du racisme institutionnel — un prix que, visiblement, les structures en place jugent encore acceptable.
Ce qui s’est joué après ce match de Coupe du monde n’est pas une anecdote diplomatique. C’est un révélateur : du racisme qui s’exprime sans honte depuis les hauteurs de l’État, de la résilience de ceux qui le subissent et choisissent de le nommer, et de la limite des condamnations de façade quand aucune transformation structurelle ne suit.




