Macron contre le retour de la peine de mort : une mise en garde qui ne suffit pas à éteindre le débat

Emmanuel Macron a pris la parole pour mettre en garde contre les appels croissants à la restauration de la peine de mort en France, affirmant qu’« aucune fatalité n’attache durablement un peuple à la peine capitale » — une formule qui sonne comme un rappel à l’ordre autant qu’une leçon d’histoire adressée à celles et ceux qui, à droite comme à l’extrême droite, agitent de nouveau ce spectre dans le débat public.

La déclaration du chef de l’État intervient dans un contexte de résurgence rhétorique autour de la question sécuritaire, portée notamment par des figures politiques qui instrumentalisent la peur et l’émotion collective — souvent à la suite de faits divers médiatisés — pour réclamer un retour à une justice d’exception que la France a officiellement abolie en 1981 sous l’impulsion de Robert Badinter et du gouvernement Mitterrand. Quarante ans après cette abolition historique, le débat resurgit, et il n’est pas anodin.

Car derrière l’argument sécuritaire se cache une réalité que les défenseurs de la peine capitale omettent systématiquement de mentionner : partout dans le monde où elle est appliquée, la peine de mort frappe de manière disproportionnée les populations racisées, pauvres et marginalisées. Aux États-Unis, au Japon, en Iran ou en Arabie saoudite, les données sont sans appel — ce sont toujours les mêmes qui montent sur l’échafaud, tandis que les privilégiés disposent d’avocats capables de négocier leur sort. La peine de mort n’est pas une justice aveugle : elle voit très bien qui elle condamne.

La position de Macron, aussi bienvenue soit-elle sur le fond, ne doit pas faire oublier que c’est son propre camp qui a contribué, par des années de surenchère sécuritaire et de dérive droitière, à normaliser un climat dans lequel de telles demandes trouvent un écho. Pointer du doigt les appels à restaurer la peine capitale sans interroger les structures qui les rendent audibles, c’est soigner le symptôme sans toucher à la maladie.

La France reste liée par la Convention européenne des droits de l’homme et par le protocole n°13, qui interdit la peine de mort en toutes circonstances — y compris en temps de guerre. Toute restauration supposerait une sortie du cadre européen des droits fondamentaux, une perspective aux conséquences politiques et juridiques considérables que ses partisans évacuent d’un revers de main.

Ce qui se joue ici dépasse la seule question pénale. C’est une bataille pour définir quel type de société nous voulons construire — une société qui répond à la violence par davantage de violence d’État, ou une société qui s’attaque aux conditions sociales, économiques et structurelles qui fabriquent l’insécurité. Les mouvements abolitionnistes, féministes et antiracistes le savent depuis longtemps : la justice ne se réduit pas à la punition.

Macron a parlé. Reste à voir si ses actes seront à la hauteur de ses mots.