Liban sous les bombes israéliennes, accord Washington-Téhéran dans l'impasse : le point sur une journée de crises

Liban sous les bombes israéliennes, accord Washington-Téhéran dans l’impasse : le point sur une journée de crises

Guerre au Moyen-Orient : entre espoirs de paix et escalade militaire

Alors que des négociations diplomatiques laborieuses se poursuivent entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre, Israël intensifie ses frappes au Liban et appelle à l’évacuation de dix villages du sud du pays. Ce lundi 26 mai, la région oscille entre fragiles espoirs de paix et engrenage militaire persistant.

Iran-États-Unis : des progrès, mais pas d’accord imminent

Téhéran a reconnu lundi des avancées significatives dans les négociations avec Washington, tout en douché les espoirs d’un accord rapide. « Il est exact de dire que nous sommes parvenus à une conclusion sur une grande partie des questions en discussion », a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, lors de son point de presse hebdomadaire.

« Mais de là à dire que la signature d’un accord est imminente, personne ne peut l’affirmer », a-t-il ajouté, accusant Washington d’être versatile. Une délégation iranienne de haut niveau — incluant le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale — s’est rendue à Doha pour discuter des points de blocage : le détroit d’Ormuz, l’uranium hautement enrichi et les fonds gelés.

Trump hausse le ton

De son côté, Donald Trump a posé ses conditions sur Truth Social : « Soit l’accord avec l’Iran sera un accord excellent et significatif, soit il n’y aura pas d’accord. » Le président américain a simultanément exhorté l’Arabie saoudite, le Qatar et le Pakistan à normaliser leurs relations avec Israël dans le cadre d’un éventuel accord de paix, en rejoignant les accords d’Abraham.

Une exigence qui révèle la logique transactionnelle de l’administration Trump : faire d’une désescalade régionale le levier d’une normalisation arabo-israélienne imposée par Washington — sans que les peuples concernés aient leur mot à dire.

Rubio visite le Taj Mahal pendant les négociations

À un moment jugé crucial des discussions, le secrétaire d’État Marco Rubio a choisi de visiter le Taj Mahal à Agra, en Inde, accompagné de son épouse Jeanette. Il a posé pour des photos avec le groupe Village People, avant de déclarer prudemment depuis New Delhi qu’un accord avec l’Iran était « toujours possible » lundi.

Une désinvolture qui en dit long sur la manière dont l’administration américaine traite les crises qu’elle a elle-même contribué à provoquer.

Détroit d’Ormuz : l’Iran impose des « frais de navigation »

L’Iran a annoncé l’imposition de frais pour « services de navigation » aux navires transitant par le détroit d’Ormuz, l’une des voies maritimes les plus stratégiques au monde. Baghaï a tenu à préciser que Téhéran « ne cherchait pas à percevoir de péage » — une distinction sémantique qui n’a pas convaincu les marchés.

Les cours du pétrole ont chuté fortement dans la journée, le Brent reculant de 6,07 % à 97,25 dollars le baril et le WTI de 6,09 % à 90,72 dollars, sur fond d’optimisme relatif quant à une issue négociée.

Liban : frappes israéliennes, deux morts, dix villages sommés d’évacuer

Malgré la trêve avec le Hezbollah entrée en vigueur le 17 avril, Israël a ordonné l’évacuation de dix villages dans le sud du Liban, principalement dans le secteur de Nabatiyé, avant des attaques annoncées. Le porte-parole militaire arabophone Avichay Adraee a justifié ces frappes par des « violations de l’accord de cessez-le-feu ».

Deux civils ont été tués dans des frappes israéliennes dans le sud du pays. L’armée israélienne a par ailleurs annoncé la mort d’un de ses soldats, le sergent Nehoray Leizer, 19 ans, portant à 23 le nombre de soldats israéliens tués depuis le début du conflit avec le Hezbollah le 2 mars.

Des ministres israéliens d’extrême droite réclament une guerre totale

Deux ministres israéliens d’extrême droite ont profité du contexte pour pousser à l’escalade. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a réclamé « une guerre intensive » au Liban, la coupure de l’électricité dans le pays et la prise de contrôle du fleuve Zahrani.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a été plus brutal encore : « Pour chaque drone explosif envoyé par le Hamas, dix immeubles doivent tomber à Beyrouth. » Des déclarations qui constituent, au regard du droit international, une incitation publique à des crimes de guerre.

Beyrouth exige le retrait total des forces israéliennes

Le président libanais Joseph Aoun a réaffirmé que le retrait israélien du sud du Liban était une exigence « non négociable », à l’occasion du 25e anniversaire du retrait israélien de 2000. Des pourparlers entre les deux pays doivent reprendre cette semaine à Washington.

Israël occupe actuellement une vaste partie du sud du Liban et continue de mener des frappes sur des villages hors de son contrôle, malgré la trêve. Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a de son côté réitéré son refus du désarmement de son mouvement et son opposition aux négociations.

Le guide suprême iranien blessé « superficiellement », selon Téhéran

Un responsable iranien a qualifié de « superficielles » les blessures subies par le guide suprême Mojtaba Khamenei lors des frappes américano-israéliennes du 28 février, premier jour du conflit. Le porte-parole du ministère de la Santé, Hossein Kermanpour, a précisé que Khamenei avait été hospitalisé le jour même, qu’il ne présentait que des blessures au visage, à la tête et aux jambes, et qu’il avait pu quitter l’hôpital le 1er mars.

Mojtaba Khamenei, 56 ans, a succédé à son père Ali Khamenei, tué dans une frappe le 28 février. Depuis sa désignation le 8 mars, il n’est pas apparu publiquement, se limitant à des déclarations écrites. Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth avait affirmé en avril qu’il était « blessé et probablement défiguré ».

Le pape contre la « guerre juste » de Trump

Dans son premier texte majeur, l’encyclique Magnifica Humanitas publiée lundi, le pape Léon XIV a appelé à « dépasser la théorie de la guerre juste, trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre ». Une prise de position directement adressée à l’administration Trump, qui a instrumentalisé ce concept théologique pour légitimer ses interventions militaires.

« L’humanité est en train de glisser vers une culture violente de la puissance », a écrit le souverain pontife — un constat difficile à contester au regard de l’actualité du jour.

Avec AFP et Reuters

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