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Affaire Patrick Bruel : nouvelles plaintes, concerts annulés au Québec — ce que l’on sait
Au moins quatre plaintes pour viol, des dizaines de témoignages, et un chanteur qui nie tout
L’affaire prend de l’ampleur. Corinne Herrmann, avocate de l’animatrice Flavie Flament, a annoncé mardi 19 mai sur France Inter que de nouvelles plaintes pour viols allaient être déposées « dans les jours qui viennent » contre Patrick Bruel. Pendant ce temps, trois concerts prévus au Québec en décembre ont été annulés, et une pétition féministe dépasse les 20 000 signatures.
L’affaire a désormais une dimension politique : la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, s’est exprimée sur le sujet ce mardi matin sur France 2. Le chanteur de 67 ans, lui, continue de démentir l’ensemble des accusations de violences sexistes et sexuelles.
Combien de plaintes ont été déposées ?
À ce jour, au moins quatre plaintes formelles ont été déposées contre Patrick Bruel. Le parquet de Nanterre, désormais chargé de centraliser toutes les procédures en raison de la domiciliation de l’artiste, est saisi de trois enquêtes pour viols portant sur des faits qui auraient eu lieu en 1997, 2000 et 2008.
Deux autres femmes ont relancé une procédure avec constitution de partie civile pour « agression sexuelle et tentative de viol », après que leur affaire avait été classée sans suite en 2020. Lors de cette première enquête, cinq femmes avaient déjà témoigné avoir subi « une attitude ou des gestes déplacés lors de massages pratiqués à l’occasion de concerts entre 2008 et 2019 », selon le parquet de Nanterre.
La plainte la plus récente est celle de Flavie Flament, qui accuse Bruel de l’avoir violée à Paris en 1991, alors qu’elle n’avait que 16 ans. Son avocate évoque un scénario de soumission chimique : après avoir bu un thé dans l’appartement de l’artiste, Flavie Flament dit avoir eu « un black-out total », pour se réveiller sur son lit pendant qu’il lui reboutonnait son pantalon.
Les avocats de Patrick Bruel parlent d’une « relation épisodique à l’époque » et récusent tout rapport sexuel imposé. L’avocate de Flavie Flament a dénoncé une défense qui emploie « toujours ce type d’arguments » — une rhétorique familière, qui revient systématiquement pour minimiser la parole des survivantes.
Au-delà des plaintes officielles, une trentaine de femmes ont publiquement accusé l’artiste de violences sexistes et sexuelles dans les médias Elle, Mediapart et la presse belge.
Qui instruit ces plaintes ?
Dimanche 17 mai, la procureure de Paris Laure Beccuau a annoncé le regroupement de toutes les plaintes au parquet de Nanterre. Cette centralisation vise à faciliter les enquêtes et à permettre, le cas échéant, d’identifier un mode opératoire commun.
C’est une décision structurellement importante : elle reconnaît implicitement que les faits dénoncés ne sont pas des incidents isolés, mais potentiellement un système.
Quelle est la réaction du gouvernement ?
La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a déclaré sur France 2 qu’il faut encourager les femmes victimes à parler, « même des dizaines d’années après ». Mais elle a aussitôt renvoyé la balle à la justice : « Ce n’est pas au ministre de traiter cette affaire. »
Elle a ajouté que « le cadre légal est le suivant : Patrick Bruel a le droit de continuer de se produire ». Une réponse qui en dit long sur les limites d’un gouvernement prompt à soutenir la parole des victimes en théorie, mais réticent à en tirer les conséquences concrètes.
Patrick Bruel va-t-il continuer sa carrière ?
Dans un post Instagram publié dimanche, Bruel a affirmé : « Je continuerai de faire mon métier, avec le même dévouement et la même passion. » Il est actuellement à l’affiche de la pièce Deuxième Partie de Samuel Benchetrit au Théâtre Édouard-VII jusqu’au 7 juin, et une tournée est prévue à partir du 16 juin en France, en Suisse, en Belgique et au Canada.
Mais la pression sociale commence à produire des effets concrets. L’agence québécoise Gestev a annoncé mardi soir l’annulation des trois concerts prévus en décembre au Québec, invoquant « le contexte actuel et l’impossibilité d’assurer la promotion ».
En France, une pétition demandant l’annulation de l’ensemble de la tournée a recueilli plus de 20 000 signatures. Elle est soutenue par des associations et militantes féministes, ainsi que par les artistes Anna Mouglalis et Corinne Masiero.
La mobilisation féministe rappelle une vérité structurelle : quand la justice tarde, quand le gouvernement se défausse, c’est souvent la société civile — et les femmes en première ligne — qui contraint le pouvoir à bouger.




