Joshua Wong face à la machine répressive de Pékin : une deuxième affaire de sécurité nationale à Hong Kong

Il avait seize ans quand il est descendu dans la rue pour la première fois. C’était en 2012, et Joshua Wong — lycéen, lunettes rondes, voix déjà ferme — menait des manifestations contre l’introduction d’un programme d’« éducation nationale » dans les écoles de Hong Kong, un curriculum conçu à Pékin pour formater les esprits dès l’enfance. Depuis, les autorités n’ont jamais cessé de le surveiller, de le poursuivre, de l’enfermer. Le 2 septembre prochain, un tribunal hongkongais prononcera sa peine dans une deuxième affaire liée à la loi sur la sécurité nationale — ce texte imposé par Pékin en 2020 qui a méthodiquement réduit au silence toute une génération militante.

Ce n’est pas une coïncidence. C’est une stratégie.

Une loi taillée pour écraser la dissidence

La loi sur la sécurité nationale, adoptée dans le sillage des immenses soulèvements antigouvernementaux de 2019, n’a pas été conçue pour protéger Hong Kong d’une menace extérieure. Elle a été conçue pour neutraliser une opposition intérieure qui réclamait des droits démocratiques fondamentaux. Les défenseurs des droits humains le disent depuis le premier jour : ce texte est une arme politique, pas un instrument juridique.

Wong est accusé d’avoir, entre le 1er juillet et le 23 novembre 2020, conspiré avec le militant en exil Nathan Law et d’autres personnes pour inciter des gouvernements, organisations et institutions étrangères à imposer des sanctions contre Hong Kong et la Chine. Autrement dit : parler à des journalistes étrangers, interpeller des parlementaires, construire des solidarités internationales. Ce que n’importe quel militant démocratique ferait n’importe où dans le monde.

L’infraction est passible d’une peine de trois à dix ans de prison, pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité si les juges estiment qu’elle présente « une gravité particulière ». La formulation vague est, elle aussi, une arme : elle laisse toute latitude au pouvoir pour décider du niveau de punition qui convient.

Un parcours militant systématiquement criminalisé

Pour comprendre ce qui se joue, il faut retracer le fil. En 2014, Wong devient l’un des visages du mouvement Occupy, ces semaines de mobilisation où des dizaines de milliers de personnes ont occupé les artères de Hong Kong pour réclamer le suffrage universel. En 2016, il cofonde avec Nathan Law le parti Demosisto, qui porte une ligne clairement progressiste sur l’autodétermination de la ville. En 2019, lors du soulèvement le plus massif de l’histoire récente de Hong Kong, il cherche des appuis à l’étranger pour amplifier la pression sur Pékin.

Chacun de ces actes — légitimes, non-violents, ancrés dans une tradition militante mondiale — a été retourné contre lui. Pékin l’a présenté comme un séparatiste qui « quémandait l’ingérence étrangère ». Le langage est révélateur : demander de la solidarité internationale devient de la trahison, construire des coalitions devient de la conspiration.

En 2020, Demosisto se dissout dès l’entrée en vigueur de la loi sécuritaire. En 2024, Wong plaide coupable dans une première affaire liée à une primaire officieuse organisée par l’opposition démocratique — et écope de quatre ans et huit mois de prison. Il est déjà derrière les barreaux quand cette deuxième procédure s’enclenche.

L’exil comme seule échappatoire, la surveillance comme arme globale

Nathan Law, lui, a choisi l’exil au Royaume-Uni. Mais l’exil ne protège plus vraiment. Le mois dernier, un tribunal londonien a condamné à des peines de prison un ancien agent des services frontaliers britanniques et un policier hongkongais à la retraite pour avoir espionné des dissidents pro-démocratie sur le sol britannique. Parmi leurs cibles figurait Law lui-même. Pékin ne surveille pas seulement ses opposants à Hong Kong — il les traque jusque dans leurs refuges européens.

Les autorités hongkongaises ont par ailleurs offert des récompenses d’un million de dollars hongkongais — soit environ 111 000 euros — pour toute information permettant l’arrestation de Law et d’autres militants en exil. Une prime sur la tête de gens dont le seul crime est d’avoir voulu voter librement.

Ce que le 2 septembre dira de nous tous

La date du 2 septembre approche. Ce jour-là, un tribunal dira combien d’années supplémentaires Joshua Wong devra passer en cellule pour avoir fait ce que font les militants partout dans le monde : construire des alliances, alerter des institutions, refuser de se taire. L’issue ne surprendra personne — le système judiciaire hongkongais, depuis 2020, n’a guère offert de suspense dans ce type d’affaires.

Ce qui est en jeu dépasse pourtant la trajectoire d’un seul homme. C’est la question de ce que valent, concrètement, les engagements internationaux en matière de droits humains quand ils se heurtent aux intérêts économiques et diplomatiques liés à la Chine. C’est la question de la solidarité — pas celle des déclarations de principe, mais celle qui coûte quelque chose. Joshua Wong avait seize ans quand il a commencé à se battre. Il en a trente et un aujourd’hui, et il se bat toujours, depuis une cellule. La moindre des choses est de ne pas regarder ailleurs.