Cannes 2025 : dans l'ombre du tapis rouge, BNP Paribas finance le cinéma et soigne ses affaires

Cannes 2025 : dans l’ombre du tapis rouge, BNP Paribas finance le cinéma et soigne ses affaires

La banque, partenaire discret mais omniprésent du 7e art

Pendant que les projecteurs se braquent sur les stars et les palmarès, BNP Paribas fait ses affaires sur la Croisette. À l’occasion du 78e Festival de Cannes — présidé par Juliette Binoche et ouvert du 13 au 24 mai 2025 —, la banque revendique le financement de 33 films présentés au festival, dont le long métrage Notre Salut.

Parmi ces productions, 27 figurent dans les différentes sélections officielles, et 7 sont en compétition pour la Palme d’or. Derrière les œuvres, une institution financière qui se positionne comme acteur incontournable de l’industrie cinématographique européenne.

Une terrasse, 150 rendez-vous : le festival comme salon d’affaires

Loin des salles obscures, BNP Paribas a installé sa propre terrasse sur la Croisette, où se tiennent quelque 150 réunions avec clients, partenaires et professionnels du cinéma. Le festival n’est pas qu’une vitrine culturelle pour la banque — c’est un outil de prospection et de fidélisation.

Plus de 850 clients et cinéphiles sont invités par le groupe aux projections de la Quinzaine des Cinéastes et de la Semaine de la Critique, deux sections parallèles dont BNP Paribas est partenaire — la première depuis 23 ans, la seconde depuis 2024.

La banque qui finance la moitié du cinéma français

Les chiffres donnent le vertige : BNP Paribas affirme financer plus de 250 films par an à travers l’Europe, et serait impliquée, directement ou indirectement, dans plus de la moitié des films produits en France. Une centaine d’experts répartis sur le continent accompagnent les productions à chaque étape, de la fabrication à la distribution.

La banque se targue d’être présente dans toute la chaîne de valeur du cinéma depuis plus de cent ans. Une longévité qui lui confère un poids structurel considérable sur ce que l’on aime appeler le « septième art ».

Objectif 100 millions d’euros : le cinéma comme marché stratégique

BNP Paribas ne cache pas ses ambitions : le groupe vise 100 millions d’euros de revenus médias d’ici 2030. Le cinéma n’est pas une passion philanthropique — c’est un secteur rentable que la banque entend dominer à l’échelle européenne.

Sa filiale Cofiloisirs s’engage par ailleurs à accompagner les acteurs de l’audiovisuel français et européen vers des pratiques d’éco-production, intégrant ainsi les enjeux environnementaux dans sa stratégie de développement.

Quand la finance dicte les conditions du récit

La présence massive d’une banque au cœur du festival le plus prestigieux du monde pose une question structurelle : qui décide, en dernière instance, quels films se font ? Quand une seule institution finance plus de la moitié de la production nationale, la notion d’indépendance artistique mérite d’être interrogée sérieusement.

Le Festival de Cannes se veut le temple du cinéma d’auteur et de la diversité des voix. Mais derrière chaque film sélectionné, il y a un montage financier — et de plus en plus souvent, une terrasse BNP Paribas au bout de la Croisette.

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