Tensions diplomatiques entre Brasília et Washington autour de l’ex-chef espion de Bolsonaro

Alexandre Ramagem, ancien directeur des services de renseignement brésiliens sous Jair Bolsonaro, cristallise une crise diplomatique majeure entre le Brésil et les États-Unis. L’homme, condamné pour tentative de coup d’État, a été libéré par les autorités américaines malgré une demande d’extradition officielle de Brasília.

Un fugitif de la justice brésilienne

Ramagem dirigeait l’Agence brésilienne de renseignement (ABIN) de juillet 2019 à mars 2022, période cruciale du mandat de Bolsonaro. Le 11 septembre 2025, la justice brésilienne l’a condamné à 16 ans, 1 mois et 15 jours de prison pour des crimes graves contre l’État.

Les chefs d’accusation sont lourds : tentative de coup d’État, participation à une organisation criminelle armée et tentative d’abolition violente de l’État de droit. Face à cette condamnation, Ramagem a choisi la fuite.

En septembre 2025, il traverse illégalement la frontière avec le Guyana avant de rejoindre la Floride. Le Brésil formule officiellement sa demande d’extradition le 30 décembre 2025.

Arrestation puis libération controversée

Le 14 avril 2026, les services d’immigration américains (ICE) arrêtent Ramagem à Orlando dans le cadre d’une coopération policière internationale. Cette arrestation semble répondre aux attentes brésiliennes.

Mais le 16 avril, coup de théâtre : Ramagem est libéré. Cette décision provoque l’indignation des autorités brésiliennes qui réclamaient son extradition immédiate.

Paulo Figueiredo, allié de Bolsonaro résidant aux États-Unis, confirme la libération. Il avait d’abord minimisé l’arrestation, l’attribuant à une simple infraction routière plutôt qu’à la demande d’extradition.

Un réseau d’espionnage au cœur des accusations

Les poursuites contre Ramagem dépassent la tentative de coup d’État. Il est accusé d’avoir orchestré un réseau d’espionnage illégal utilisant le logiciel israélien FirstMile.

Ce système aurait servi à surveiller des personnalités politiques, des juges de la Cour suprême et des journalistes. Ces pratiques illustrent les méthodes autoritaires dénoncées sous l’ère Bolsonaro.

Ramagem a déposé une demande d’asile politique aux États-Unis, tentant d’échapper aux poursuites judiciaires brésiliennes.

Enjeux électoraux en toile de fond

Cette crise diplomatique survient à un moment stratégique. Les élections présidentielles brésiliennes d’octobre 2026 approchent, avec Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président, comme candidat de l’opposition de droite.

L’affaire Ramagem révèle les tensions persistantes autour de l’héritage bolsonariste et questionne la coopération judiciaire entre les deux puissances américaines dans la lutte contre l’impunité des crimes politiques.