
François Civil, star incontournable du cinéma français : ce qui l’attend après Les Trois Mousquetaires
Il y a quelque chose de presque vertigineux à suivre la trajectoire de François Civil ces dernières années. D’un blockbuster à l’autre, d’un rôle historique à un autre, l’acteur s’est imposé comme l’une des figures centrales du cinéma populaire français — celui qui remplit les salles, qui fédère les publics, qui porte des projets à plusieurs dizaines de millions d’euros sur ses épaules sans que cela ne semble jamais l’écraser. Ce soir, M6 rediffuse Les Trois Mousquetaires : Milady, le deuxième volet de l’adaptation signée Martin Bourboulon, dans lequel Civil remet pour la dernière fois le chapeau et l’épée de D’Artagnan. L’occasion rêvée de se demander : où en est-il, et où va-t-il ?
Dans ce Milady, le récit s’emballe dès les premières minutes : Constance Bonacieux, incarnée par Lyna Khoudri, est enlevée sous les yeux du jeune mousquetaire, qui se voit contraint de nouer une alliance aussi improbable que dangereuse avec la mystérieuse Milady de Winter, jouée par une Eva Green au sommet de son art du trouble. Pendant ce temps, Athos (Vincent Cassel), Porthos (Pio Marmaï) et Aramis (Romain Duris) sont déjà sur le front d’une guerre qui ne fait que commencer. Et un secret enfoui dans le passé menace de tout faire s’effondrer. Le film est spectaculaire, nerveux, porté par une énergie collective rare — et il confirme, s’il en était encore besoin, que Civil sait habiter un grand rôle sans jamais le vampiriser.
Mais ce qui rend la trajectoire de l’acteur particulièrement intéressante, c’est précisément ce qui vient après. Parce que François Civil ne s’arrête pas. Il bifurque, il explore, il ne se laisse pas enfermer dans un seul registre. Et les projets qui se profilent à l’horizon disent beaucoup de ses ambitions — et, peut-être, de l’état du cinéma français en ce moment.
Du côté du petit écran, Civil s’apprête à traverser la Manche et les siècles pour donner la réplique à Kit Harington — l’inoubliable Jon Snow de Game of Thrones — dans A Tale of Two Cities, une minisérie en quatre épisodes adaptée du roman de Charles Dickens. Co-créé par Harington lui-même et Daniel West, le projet se présente comme un thriller historique mêlant romance et vengeance sur fond de Révolution française. On notera l’ironie savoureuse : Civil, figure du cinéma populaire hexagonal, incarne la Révolution française… dans une production anglophone. Il y a là quelque chose qui mérite qu’on s’y attarde — une internationalisation discrète mais réelle d’un acteur que le système français aurait pu cantonner à ses propres frontières.
Sur grand écran, les choses sont tout aussi stimulantes. Civil retrouve Thomas Lilti, réalisateur avec lequel il avait déjà travaillé sur la série Hippocrate, pour un long métrage dont la sortie est attendue le 13 janvier 2027. Le film, écrit par Lilti lui-même — l’homme derrière Médecin de campagne, Première année et Un métier sérieux — suit un homme frustré par sa vie qui se lie d’amitié avec un chien en reprenant des études pour tenter de se réinventer. Le casting réunit Léa Drucker, Miou-Miou, et Karim Leklou, qui retrouve Civil après Bac Nord et L’Amour ouf. Lilti est l’un des rares cinéastes français capables de parler des classes populaires sans les caricaturer ni les folkloriser — et ce projet, sur fond de réinvention de soi et d’amitié improbable, promet une douceur lucide que le cinéma commercial sait rarement offrir.
Mais le projet qui retient peut-être le plus l’attention, c’est Dumas : Diable noir, mis en scène par Ladj Ly — le réalisateur des Misérables, film-choc sur les violences policières dans les banlieues françaises, qui avait fracturé le consensus culturel à sa sortie. Librement adapté de la bande dessinée Le Premier Dumas de Salva Rubio et Rubén del Rincón, ce biopic historique ne s’intéresse pas à Alexandre Dumas l’écrivain, mais à son père : Thomas-Alexandre Dumas, général de la République, fils d’un marquis et d’une esclave haïtienne, figure noire effacée de la grande histoire blanche de France. Le rôle-titre sera tenu par Théo Christine (Suprêmes, Vermines), tandis qu’Omar Sy et Vincent Cassel complètent un casting qui, à lui seul, dit l’ambition du film. Civil y trouve sa place dans un projet explicitement décolonial, porté par un cinéaste qui n’a jamais prétendu que la France avait réglé ses comptes avec son passé. La sortie est prévue pour le 13 octobre 2027.
Ce qui frappe, au fond, c’est la cohérence paradoxale de tout cela. François Civil est partout et nulle part à la fois — dans les superproductions en costumes et dans les films intimes sur la réinvention, dans les séries anglaises et dans les biopics décoloniaux. Il n’est pas le symbole d’un cinéma français replié sur lui-même, mais d’un acteur qui navigue entre les formats, les registres et les discours politiques sans jamais sembler perdu. Ce soir, donc, on le retrouve en D’Artagnan sur M6. Dans quelques années, on le retrouvera ailleurs, autrement, dans des films qui auront peut-être davantage à dire sur ce que la France est vraiment — et sur ce qu’elle refuse encore de regarder en face.




