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« Ça m’a permis de reprendre confiance en moi » : le Comptoir Bédier, laboratoire parisien contre le chômage de longue durée
Dans le 13e arrondissement de Paris, une ressourcerie transforme des vies
Au cœur d’une ruelle discrète du 13e arrondissement de Paris, le Comptoir Bédier ne ressemble pas à un dispositif d’insertion classique. Entre les portants de vêtements colorés et l’agitation chaleureuse du lieu, cette ressourcerie est pourtant bien un laboratoire de l’inclusion par l’emploi — et la preuve vivante que le chômage de longue durée n’est pas une fatalité.
Ce mardi, la proposition de loi visant à pérenniser l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée » (TZCLD) est examinée en séance publique au Sénat. Le Comptoir Bédier en incarne les effets concrets, humains, et politiques.
Un dispositif né pour celles et ceux que le marché du travail abandonne
Lancé par la loi de 2016, puis prolongé pour cinq ans en décembre 2020, le programme TZCLD cible les personnes privées d’emploi depuis plus d’un an, domiciliées depuis au moins six mois dans les territoires participants. Il s’adresse en priorité à celles et ceux que les circuits d’insertion classiques ne parviennent plus à atteindre.
Le mécanisme repose sur des entreprises à but d’emploi (EBE) — des structures qui ne cherchent pas le profit, mais à créer des CDI accessibles aux plus éloigné·es du travail. C’est dans ce cadre que 13 Avenir, l’EBE du quartier, a ouvert le Comptoir Bédier en 2017.
Huit personnes en CDI, une ressourcerie qui tourne
Aujourd’hui, huit personnes travaillent au sein de la ressourcerie grâce à ce dispositif. Tri, valorisation, vente de vêtements de seconde main : les activités sont concrètes, utiles, ancrées dans l’économie circulaire.
Mais au-delà des objets récupérés et redistribués, c’est la dignité retrouvée qui revient dans les témoignages. « Ça m’a permis de reprendre confiance en moi », résume l’une des travailleuses du lieu — une phrase qui dit, en peu de mots, ce que les statistiques peinent à capturer.
Un modèle structurel, pas une aumône
Ce qui distingue TZCLD d’autres dispositifs d’aide sociale, c’est précisément son refus de traiter le chômage comme un problème individuel. Le programme part d’un principe simple : si des personnes restent durablement sans emploi, ce n’est pas parce qu’elles le veulent ou qu’elles en sont incapables — c’est parce que le marché du travail les exclut structurellement.
Plutôt que de culpabiliser les chômeurs et chômeuses de longue durée, l’expérimentation leur propose un contrat à durée indéterminée, adapté à leurs compétences réelles, dans un environnement bienveillant. Une logique aux antipodes des injonctions à « faire des efforts » qui dominent le discours politique dominant.
La pérennisation en jeu au Sénat
L’enjeu du vote sénatorial de ce mardi est donc considérable. Si la proposition de loi aboutit, le dispositif pourrait être étendu et consolidé à l’échelle nationale, offrant à des dizaines de milliers de personnes ce que le Comptoir Bédier a offert à huit : un emploi stable, une reconnaissance, et la possibilité de se reconstruire.
Dans une France où le chômage de longue durée frappe de manière disproportionnée les femmes, les personnes racisées, les personnes handicapées et les habitant·es des quartiers populaires, pérenniser TZCLD relève autant de la justice sociale que de la politique de l’emploi.




