Au Brésil, la Coupe du monde peine à soulever l'enthousiasme populaire

Au Brésil, la Coupe du monde peine à soulever l’enthousiasme populaire

Un pays du football qui doute de lui-même

À moins d’un mois du coup d’envoi de la Coupe du monde (11 juin – 19 juillet), le Brésil — nation mythique du football — affiche une indifférence surprenante. Selon les sondages, deux tiers des Brésiliennes et des Brésiliens estiment que leur sélection n’a aucune chance de remporter le titre. Vingt-quatre ans sans victoire ont laissé des traces.

Reportage de notre correspondante à São Paulo, Sarah Cozzolino.

Des murs peints, mais une jeunesse critique

Dans le quartier de Pinheiros, à l’ouest de São Paulo, des élèves s’affairent à décorer la façade de leur école en prévision des festivités. La publication de la liste des sélectionnés — avec Neymar en tête — a provoqué une vague d’engouement médiatique. La présence du joueur, meilleur buteur de l’histoire de la Seleção, était pourtant loin d’être garantie.

Mais chez les jeunes, l’enthousiasme est loin d’être unanime. Julio, 13 ans, ne cache pas son scepticisme : « Ce n’est plus un si bon joueur. Il aurait fallu convoquer des jeunes qui se démarquent, pas seulement ceux qui ont été bons par le passé. »

Son camarade Gil, lui, a voulu que la fresque murale de l’école porte un message politique. « Il y a un motif où on a réuni des symboles : une croix, un dollar et un ballon. Le foot, c’est comme une religion, et ça fait tourner beaucoup d’argent », explique-t-il. Une critique sociale formulée par des enfants — et qui dit beaucoup sur l’état d’esprit du pays.

Football, argent et corruption : une équation qui lasse

Victor, professeur d’arts plastiques et encadrant du projet, pointe une désaffection plus profonde. Pour lui, la marchandisation du football et la corruption systémique qui gangrène le sport — comme tant d’autres secteurs — ont abîmé le lien entre les supporters et leur équipe nationale.

« Le foot dépasse le terrain. Le commerce, la corruption, on les retrouve partout. Je pense qu’il faut rappeler ce sens de communauté et d’amitié qui est propre au football », dit-il. Un appel à renouer avec l’essentiel, dans un pays où le ballon rond a longtemps servi d’opium du peuple — et de levier politique.

Une victoire pour effacer les tensions en année électorale ?

Le contexte politique brésilien n’est pas étranger à cette ambivalence. En pleine année électorale, dans un pays fracturé par des années de bolsonarisme, une victoire en Coupe du monde pourrait — momentanément — faire retomber les tensions. Les Brésiliens et les Brésiliennes le reconnaissent eux-mêmes, même s’ils peinent à y croire vraiment.

La question reste posée : le football peut-il encore rassembler un peuple que la politique divise ? Ou n’est-il plus, lui aussi, qu’un terrain de plus où se jouent les rapports de pouvoir ?

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