RDC : Tshisekedi revendique un troisième mandat possible et menace de reporter les élections de 2028

Tshisekedi ouvre la porte à un troisième mandat en RDC

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a officiellement brisé le tabou lors d’une conférence de presse tenue le mercredi 6 mai 2026 à Kinshasa : il se dit prêt à briguer un troisième mandat, « si les Congolais lui demandent de revenir ». Une déclaration explosive qui confirme les craintes de nombreuses voix critiques dans le pays et à l’étranger.

Pendant trois heures, devant une salle comble réunissant journalistes et quasi-totalité des membres du gouvernement, le chef de l’État — au pouvoir depuis 2019 — a levé le voile sur un projet que ses partisans portaient déjà en coulisses depuis longtemps : la révision, voire le remplacement pur et simple, de la Constitution congolaise.

Une réforme constitutionnelle assumée, avec un argument inédit

Tshisekedi a présenté cette révision constitutionnelle comme une ambition historique de son parti, l’UDPS, et non comme une improvisation opportuniste. Mais il a introduit un argument nouveau pour en justifier l’urgence : le partenariat conclu entre Washington et Kinshasa exigerait, selon lui, des réformes constitutionnelles.

Entre les lignes, le message est clair : la pression ne viendrait plus seulement de l’intérieur du camp présidentiel, mais aussi de l’extérieur. Une rhétorique qui mérite d’être questionnée sérieusement, tant elle instrumentalise une relation géopolitique pour légitimer un projet de concentration du pouvoir.

Sur la procédure, Tshisekedi a tout de même précisé : « Si changement ou révision doit se faire, ce ne sera jamais sans consulter la population, par référendum. » Une promesse de consultation populaire qui n’a pas convaincu ses opposants.

Pas d’élections en 2028 si la guerre à l’est se poursuit

Le président congolais a également posé une condition lourde de sens concernant le scrutin prévu en 2028 : si le conflit armé dans l’est de la RDC — qui ravage notamment le Nord et le Sud-Kivu — n’est pas résolu, les élections ne pourront tout simplement pas être organisées.

« On ne va pas organiser les élections sans le Nord et le Sud-Kivu quand même », a-t-il déclaré, en comparant sa situation à celle du président ukrainien Zelensky, contraint de reporter les élections en temps de guerre. Une analogie qui, dans le contexte congolais, sonne comme une justification anticipée d’un maintien au pouvoir au-delà de tout mandat constitutionnel.

L’opposition dénonce une attaque frontale contre la Constitution

Les réactions de l’opposition n’ont pas tardé. Claudel-André Lubaya, ancien député aujourd’hui proche de l’ex-président Joseph Kabila et vivant en exil, a été particulièrement cinglant :

Cette contradiction n’est pas anodine. Elle révèle la logique structurelle à l’œuvre : un pouvoir qui utilise simultanément l’instabilité qu’il n’a pas su endiguer pour justifier son propre maintien indéfini.

Un scénario qui dépasse la personne de Tshisekedi

Ce qui se joue en RDC n’est pas simplement l’ambition personnelle d’un chef d’État. C’est un modèle de gouvernance autoritaire qui se consolide : révision constitutionnelle habillée en volonté populaire, guerre instrumentalisée pour suspendre la démocratie électorale, pression internationale recodée en mandat de réforme.

Les Églises catholique et protestante congolaises, qui s’opposent depuis des mois à toute révision de l’article 220 de la Constitution — celui qui limite le nombre de mandats présidentiels —, avaient vu venir cette offensive. Leurs avertissements, longtemps ignorés par le pouvoir, résonnent aujourd’hui avec une acuité particulière.

Pendant ce temps, des millions de Congolais vivent sous la menace des groupes armés à l’est, dans une crise humanitaire que ni la guerre ni les manœuvres constitutionnelles ne semblent pouvoir résoudre. Ce sont leurs voix qui devraient être au centre du débat — pas les calculs électoraux d’un président qui refuse de lâcher le pouvoir.

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