« 7 minutes (comité d’usine) » : quand le temps de pause devient un enjeu de pouvoir au travail

Une heure pour décider : la pièce qui met en scène la résistance ouvrière

Faut-il tout accepter pour conserver son emploi ? C’est la question brûlante que pose 7 minutes (comité d’usine), pièce de l’auteur italien Stefano Massini, mise en scène par Olivier Mellor. Une chronique sociale qui ausculte, avec une précision chirurgicale, les mécanismes de domination à l’œuvre dans le monde du travail.

Le dispositif est simple, mais redoutablement efficace : dans une usine Picard & Roche, onze femmes disposent d’exactement une heure pour se mettre d’accord. L’enjeu ? Voter pour ou contre la réduction de leur pause déjeuner de 7 minutes, au nom des 200 ouvrières que représente leur comité. Le temps, ici, n’est pas qu’une contrainte dramaturgique — il est un instrument de pouvoir.

L’intersectionnalité au cœur de la fabrique

Ce qui rend la pièce particulièrement saisissante, c’est que ces onze femmes ne forment pas un bloc homogène. Leurs origines, leurs statuts, leurs peurs et leurs calculs divergent — reflet fidèle d’un prolétariat féminin que l’on invisibilise trop souvent. La salle de réunion devient alors un microcosme des rapports de classe, de genre et de solidarité collective.

Le texte de Massini, déjà salué sur les scènes internationales, interroge la façon dont le capitalisme use et épuise le consentement des travailleuses, une minute après l’autre. Mellor en signe ici une mise en scène qui refuse l’abstraction : les corps, les voix, la fatigue — tout est concret, tout est politique.

Une tournée nationale pour porter la parole ouvrière

Le spectacle sera visible dans plusieurs villes de France entre 2026 et 2027.

Une tournée ancrée dans les territoires populaires du nord de la France — un choix qui n’a rien d’anodin, et qui dit beaucoup sur la volonté de ce théâtre d’aller là où les luttes sociales ont encore des racines profondes.