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Le pape Léon XIV aux Canaries : un appel retentissant pour la dignité des migrants africains
Le pape Léon XIV aux Canaries : face aux morts de la mer et à l’indifférence des puissants
Au port d’Arguineguín, sur l’île de Gran Canaria, le pape Léon XIV a lancé vendredi un appel solennel aux dirigeants mondiaux pour qu’ils traitent les migrants avec humanité. Une visite historique — la première d’un pape aux Canaries — au cœur de l’une des routes migratoires les plus meurtrières du monde.
Le « Quai de la honte » comme décor d’une prise de conscience
Le port d’Arguineguín n’a pas été choisi au hasard. Surnommé le « Quai de la honte » par les organisations humanitaires, ce lieu a vu plus de 1 000 personnes entassées dans des conditions indignes au début de la pandémie de COVID-19. C’est là que Léon XIV a choisi de prononcer ce qu’il a lui-même qualifié d’« appel à la conscience ».
Devant un mémorial dédié aux migrants morts en mer, le pontife a déclaré : « La dignité humaine n’a pas de passeport et ne perd pas sa valeur en franchissant une frontière. » Une phrase directe, sans détour diplomatique, adressée explicitement aux gouvernements européens et mondiaux.
Des chiffres qui condamnent l’indifférence
Les mots du pape résonnent sur fond de données accablantes. Selon l’ONG Caminando Fronteras, au moins 3 090 personnes sont mortes en 2025 en tentant de rejoindre les Canaries. L’année précédente, plus de 46 000 migrants avaient atteint l’archipel — un record — souvent à bord d’embarcations surchargées et non navigables.
Face à ces réalités, Léon XIV a averti que l’Europe ne devait pas s’habituer à voir la Méditerranée et l’Atlantique se transformer en « cimetières sans pierres tombales ». Il a exhorté les États à renforcer les voies migratoires légales et sécurisées, seul rempart efficace contre les réseaux de trafic d’êtres humains.
Une parole structurelle, pas seulement morale
Le discours du pape, prononcé lors d’un événement intitulé « Entre les deux rives », ne s’est pas contenté d’une rhétorique de compassion individuelle. Léon XIV a appelé à une coopération renforcée entre pays d’origine, de transit et de destination pour garantir les droits des personnes en mouvement.
Quelques jours plus tôt, devant le Parlement espagnol, il avait déjà posé le cadre : l’absence de solidarité envers les migrants du monde entier remet en cause, selon lui, « le fondement éthique de l’ordre international ». Une critique structurelle du système, pas une simple invocation morale.
Les voix des premiers concernés
Au cours de sa visite, le pape a rencontré environ 1 000 réfugiés et migrants. Juan Carlos Lorenzo, coordinateur de la Commission espagnole pour les réfugiés aux Canaries, a salué cette rencontre comme une « étape significative », affirmant qu’elle constituerait une affirmation forte de la défense des droits humains et de la dignité due à toute personne, quelle que soit son origine.
Ces voix — celles des personnes directement concernées par les politiques migratoires européennes — ont été placées au centre de l’événement, dans un geste symbolique fort qui tranche avec les habituelles rencontres protocolaires entre institutions.
Un héritage assumé, une promesse tenue
Cette visite aux Canaries est aussi un acte de mémoire. Le pape François, décédé en avril 2025, n’avait jamais pu réaliser son souhait de se rendre sur l’archipel pour témoigner de la crise migratoire. Léon XIV a accompli ce voyage à sa place, lors de la dernière étape de son voyage apostolique en Espagne.
Après Arguineguín, le pape s’est rendu à Las Palmas de Gran Canaria, où il a visité la cathédrale Sainte-Anne avant de célébrer une messe en plein air au stade de Gran Canaria devant quelque 40 000 personnes. Son programme s’est poursuivi à Tenerife avant un retour à Rome.
Ce que cette visite révèle — et ce qu’elle ne règle pas
Le geste papal est puissant sur le plan symbolique. Mais les discours, même les plus justes, ne suffisent pas à changer les politiques migratoires européennes, de plus en plus marquées par l’externalisation des frontières, les refoulements illégaux et la criminalisation des défenseurs des droits.
La question reste entière : les dirigeants que Léon XIV interpelle directement entendront-ils cet appel, ou laisseront-ils, une fois de plus, l’indifférence parler à la place de l’humanité ?




