Cultivez vous en vous amusant

Californie : des divisions démocrates ouvrent la porte à un gouverneur républicain pour la première fois depuis 2011
Le cauchemar démocrate made in California
La Californie, bastion historique de la gauche américaine, pourrait élire un gouverneur républicain pour la première fois depuis le départ d’Arnold Schwarzenegger en 2011. En cause : une primaire démocrate fracturée entre cinq candidats, incapables de se dégager un leader clair avant le scrutin du 2 juin prochain.
Le système électoral californien, dit « top-two primary », n’organise pas de primaires partisanes. Tous les candidats, quelle que soit leur étiquette politique, concourent ensemble. Les deux arrivés en tête s’affrontent ensuite en novembre — ce qui signifie, concrètement, que deux républicains pourraient accéder à la finale si la gauche reste aussi divisée.
Deux républicains à l’affût
Steve Hilton et Chad Bianco flairent l’aubaine. Le premier, anglo-américain et ancien conseiller de David Cameron, est une figure régulière de Fox News et bénéficie du soutien de Donald Trump. Le second, shérif du comté de Riverside, affiche une présence imposante et un discours sans nuance contre les politiques démocrates.
« Ce sera lui et moi en novembre », a lancé Bianco lors d’un débat télévisé le 22 avril. Leur rhétorique commune : des décennies de gouvernance démocrate ont produit des « politiques ratées » — et les sondages leur donnent, pour l’instant, raison d’y croire.
Une Californie en colère malgré sa puissance économique
Quatrième économie mondiale, berceau de la Silicon Valley, la Californie accumule pourtant les frustrations populaires. Le coût de l’essence — le plus élevé des États-Unis, en partie lié aux politiques environnementales — et des prix immobiliers hors de portée alimentent un mécontentement croissant.
La crise du sans-abrisme à Los Angeles et San Francisco cristallise également la colère. Des millions de dollars dépensés depuis des années, sans résultats visibles : une réalité difficile à défendre pour la gauche au pouvoir.
« Lorsque les électeurs sont mécontents, le parti au pouvoir est généralement tenu pour responsable », rappelle Sara Sadhwani, politologue à l’université Pomona, interrogée par l’AFP.
Mais le scénario reste improbable, nuancent les expertes
Pour autant, Sadhwani tempère : l’hypothèse d’une absence totale de démocrate en finale « semble exagérée ». Environ un quart des électeurs se déclarent encore indécis — une réserve de voix qui, dans un État structurellement à gauche, devrait mécaniquement profiter aux candidats progressistes.
La désillusion envers Trump reste également profonde dans tout le pays, notamment face à la flambée des prix provoquée par ses aventures guerrières au Moyen-Orient. Un contexte qui pourrait, en novembre, redonner de l’élan à la gauche californienne.
Cinq démocrates, un seul podium
Le vrai problème reste la fragmentation du camp progressiste. Cinq candidats aux programmes quasi identiques — logement abordable, santé publique, résistance à Trump — se disputent un même électorat sans qu’aucun ne parvienne à s’imposer.
En tête des sondages, Tom Steyer, financier milliardaire qui prône une taxation des ultra-riches, refuse pourtant d’appeler les candidats les plus faibles à se retirer. « Ce serait le comble de l’arrogance », a-t-il déclaré à l’AFP. Une posture confortable pour lui, moins pour la cohérence collective du camp démocrate.
Derrière lui, Xavier Becerra, ancien ministre de la Santé de Joe Biden, enregistre une remontée notable en capitalisant sur son expérience gouvernementale. L’ex-parlementaire Katie Porter, figure populiste de gauche refusant les financements privés, conserve elle aussi ses chances.
Ces trois-là devront se frotter à Matt Mahan, maire de San Jose, et à l’ancien édile de Los Angeles Antonio Villaraigosa, tous deux crédités de moins de 5% dans les sondages.
Des débats qui virent à la cacophonie
Le dernier débat diffusé sur CBS a illustré l’ampleur du problème : une cacophonie généralisée, où chacun tente de parler par-dessus les autres. « C’est pire que mes adolescents lors du dîner », a lâché Katie Porter, excédée.
Cette incapacité à incarner une alternative crédible et unifiée est précisément ce que misent Hilton et Bianco. Dans un État où la gauche a longtemps gouverné sans véritable opposition, la division est devenue le principal ennemi des démocrates — bien plus que le camp républicain lui-même.




