Cultivez vous en vous amusant
Une trêve sur le papier, des bombes dans le ciel
Au moins cinq personnes ont été tuées, dont un soldat de l’armée libanaise, lors de frappes israéliennes dans le Sud-Liban ce mercredi 29 avril — en pleine période de trêve officielle. Pendant ce temps, à Saïda, plus d’un million de Libanais·es déplacé·es attendent de pouvoir rentrer chez eux. Beaucoup ont essayé. Beaucoup sont revenu·es.
L’armée israélienne affirme cibler des membres du Hezbollah. Mais ce sont des civils qui meurent, selon les autorités libanaises. Le Hezbollah, de son côté, continue de revendiquer des attaques contre des soldats israéliens. La guerre, elle, n’a pas de nom officiel. Elle a pourtant un bilan très concret.
Saïda, capitale des sans-retour
Dans une école reconvertie en centre d’hébergement à Saïda, plus de cent familles sont toujours accueillies — autant qu’au plus fort des combats. Parmi elles, Ghadir Chit, originaire du village de Toul, dans la région de Nabatiyeh. Elle a tenté de rentrer deux fois. Les deux fois, elle a dû rebrousser chemin.
« La première fois, les gens ont eu peur : il y avait des drones et des avions de chasse très forts dans le ciel », raconte-t-elle. « La seconde fois, des villages voisins ont été menacés de bombardement. On ne sait pas quand ils bombardent des civils ou des non-civils. »
Son témoignage n’est pas isolé. Il est structurel. Ce n’est pas une question de malchance individuelle : c’est une population entière maintenue dans l’impossibilité de vivre chez elle, par une puissance militaire qui décide seule des règles du jeu.
« On ne peut pas se réinstaller de manière stable »
Doua vient du village de Qlayla, dans la région de Tyr. Son village ne se trouve pourtant pas dans la zone tampon officiellement interdite aux Libanais·es par l’armée israélienne. Peu importe : la réalité sur le terrain rend tout retour impossible.
« La situation ressemble à celle des villages frontaliers. On ne peut pas se réinstaller de manière stable. On attend », dit-elle sobrement. « Il y a beaucoup de destructions, pas d’eau, pas d’électricité. Chaque jour, les forces israéliennes bombardent dans le Sud : des maisons, des gens. Il devait y avoir une trêve. Il y a des bombardements. »
Ces mots méritent d’être lus lentement. Une trêve qui n’en est pas une. Des zones « autorisées » où il est de facto impossible de vivre. Une population civile prise en étau entre les décisions militaires d’un État et les manœuvres d’un mouvement armé — sans que sa propre survie pèse jamais assez lourd dans la balance.
Le retour impossible, encore et toujours
Sur le mur à l’entrée de l’école, des photos de deux combattants du Hezbollah tués sont affichées. Chargée de valises, une femme rentre avec sa famille — non pas chez elle dans le Sud, mais à l’école. Elles aussi avaient espéré. Elles aussi reviennent les mains vides.
La région de Nabatiyeh a été frappée à plusieurs reprises ces derniers jours. Celle de Tyr également. Les destructions s’accumulent, les infrastructures s’effondrent, et les personnes déplacées — majoritairement des femmes, des enfants, des personnes âgées — continuent d’attendre dans des conditions précaires que quelqu’un, quelque part, décide que leur vie compte.
Plus d’un million de Libanais·es sont toujours déplacé·es. Ce chiffre n’est pas une statistique abstraite : c’est le résultat d’une logique militaire qui traite le territoire civil comme un terrain d’opération, et les populations qui y vivent comme des dommages collatéraux acceptables.





