Californie : trois secrétaires du cabinet Trump visitent le projet pétrolier controversé de Sable Offshore

Washington s’invite sur le littoral californien

Trois secrétaires du cabinet Trump ont prévu de visiter le projet pétrolier offshore controversé de Sable, au large des côtes californiennes, en fin de semaine. L’annonce a été faite lundi par Jim Flores, PDG de Sable Offshore — quelques mois seulement après que l’administration Trump a ordonné la reprise des opérations, contre l’avis des autorités de l’État.

Chris Wright (Énergie), Doug Burgum (Intérieur) et Sean Duffy (Transports) doivent inspecter les installations et discuter des stratégies juridiques dans le bras de fer qui oppose Sable aux autorités californiennes autour de son réseau de pipelines — un réseau directement responsable d’une marée noire en 2015.

Un projet né dans la catastrophe environnementale

En 2015, un pipeline terrestre corrodé a cédé au-dessus de la plage d’État de Refugio, déversant environ 380 000 litres de pétrole brut, dont quelque 80 000 litres ont atteint l’océan Pacifique. La restauration du site a coûté près de 100 millions de dollars, et des poursuites pénales ont été engagées contre l’ancien propriétaire du pipeline, Plains All American Pipeline.

Le système est resté largement à l’arrêt depuis lors. Sable Offshore l’a racheté à ExxonMobil en 2024 et affirme pouvoir porter la production de 30 000 à plus de 50 000 barils équivalent pétrole par jour une fois les opérations relancées — soit une hausse de 15 % de la production pétrolière californienne.

L’administration Trump force le passage

Le 13 mars dernier, le secrétaire à l’Énergie Chris Wright a invoqué le Defense Production Act pour ordonner la reprise de l’exploitation, arguant que les politiques californiennes rendent la région et les forces militaires américaines dépendantes du pétrole étranger.

Sable est également en négociation avec des responsables fédéraux pour mettre en place un système de chargement de pétroliers en mer, qui permettrait à l’entreprise de contourner entièrement les eaux territoriales de l’État de Californie. Une manœuvre qui dit tout de l’état des relations entre Washington et Sacramento.

La Californie résiste — et contre-attaque

Les régulateurs californiens ont haussé le ton : la California Natural Resources Agency a ordonné à Sable de retirer un tronçon du pipeline traversant le parc d’État de Gaviota, estimant que cette section ne dispose pas des autorisations étatiques requises. Sable devrait contester cet ordre.

Le gouverneur démocrate Gavin Newsom n’a pas mâché ses mots. Il accuse l’administration Trump de tenter de relancer illégalement un pipeline dont les opérateurs font face à des poursuites pénales et dont la remise en service a été interdite par plusieurs décisions de justice.

Pétrole contre énergies renouvelables : une bataille politique

Le conflit illustre une fracture profonde entre deux visions irréconciliables. D’un côté, la Maison-Blanche pousse à une augmentation de la production pétrolière en Californie. De l’autre, le gouverneur Newsom et les élus de l’État font du développement des énergies renouvelables et de l’électrification leur priorité absolue.

Derrière les arguments techniques et juridiques, c’est bien une lutte de pouvoir qui se joue — entre un État qui a fait de la transition écologique son identité politique et une administration fédérale qui traite les combustibles fossiles comme un impératif de sécurité nationale.