Cisjordanie occupée : Smotrich ordonne l’expulsion de Khan al-Ahmar et relance le projet de colonisation E1

Une communauté bédouine sous la menace directe de l’extrême droite israélienne

Le 19 mai 2026, Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances issu de l’extrême droite religieuse et visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), a signé un ordre d’évacuation visant la communauté bédouine palestinienne de Khan al-Ahmar, située à l’est de Jérusalem, en Cisjordanie occupée. Une annonce présentée sans détour comme une mesure de représailles.

Le village bédouin, coincé entre l’autoroute et des colonies israéliennes perchées sur des collines arides, étouffe sous la chaleur. Ses habitant·es palestinien·nes vivent désormais dans la crainte d’une destruction imminente.

Eid Khamis al Jahaleen, patriarche de la communauté, exprime un sentiment d’impuissance totale face à la menace : « Les chars, les bulldozers et l’armée peuvent arriver à tout moment et je dois défendre ma maison à mains nues. Qu’est-ce que je peux faire ? »

Le projet E1 : couper la Cisjordanie en deux

Derrière l’expulsion annoncée se cache un projet colonial de grande envergure. Khan al-Ahmar est convoité de longue date par l’État israélien pour y implanter le projet E1, un vaste programme de 3 400 logements qui diviserait physiquement la Cisjordanie occupée en deux parties distinctes.

Les conséquences seraient structurelles et irréversibles : toute continuité territoriale d’un État palestinien deviendrait impossible. Ce n’est pas une lecture militante — c’est ce que dit le droit international, et ce que confirment les organisations de défense des droits humains.

Yair Dvir, porte-parole de l’ONG israélienne B’Tselem, est explicite : « Israël a compris que s’il contrôlait toute cette grande zone et construisait des colonies, il diviserait la Cisjordanie en deux parties et perturberait toute possibilité d’un État palestinien à l’avenir. »

Un précédent en 2018, une pression internationale aujourd’hui moins assurée

Ce n’est pas la première fois que Khan al-Ahmar est au bord du précipice. En 2018, la justice israélienne avait déjà autorisé l’expulsion des habitant·es bédouin·es. La mobilisation internationale — notamment de plusieurs pays européens — avait alors contraint Israël à suspendre sa décision.

Mais le contexte a changé. Dans un climat marqué par les annonces répétées de Smotrich et par les mandats d’arrêt internationaux visant des responsables israéliens, les habitant·es de Khan al-Ahmar s’attendent désormais au pire.

La question qui se pose aujourd’hui n’est pas seulement celle du sort d’un village : c’est celle de la capacité de la communauté internationale à faire respecter le droit international face à une colonisation qui s’accélère, planifiée, assumée, et soutenue au plus haut niveau de l’État israélien.