Yang Shuang-zi, autrice taïwanaise, remporte l’International Booker Prize avec un roman postcolonial inédit en français

Une première historique pour la littérature en mandarin

L’autrice taïwanaise Yang Shuang-zi a remporté l’International Booker Prize le mardi 19 mai à Londres, pour son roman Taiwan Travelogue. Il s’agit du premier livre écrit en mandarin à être couronné par ce prestigieux prix littéraire.

La cérémonie s’est tenue à la Tate Modern. La récompense de 50 000 livres sterling (environ 58 000 euros) est partagée à parts égales entre l’autrice et sa traductrice, Lin King, de nationalités taïwanaise et américaine — une reconnaissance bienvenue du travail souvent invisibilisé de la traduction.

Colonialisme, désir et gastronomie dans le Taïwan des années 1930

Taiwan Travelogue suit une romancière japonaise en voyage culinaire à travers Taïwan sous occupation japonaise dans les années 1930, accompagnée d’une interprète locale. Le roman se présente comme la traduction de mémoires de voyage redécouverts, explorant avec finesse les rapports de pouvoir coloniaux, l’amour et l’identité.

Publié en mandarin en 2020, le livre a été traduit en anglais en mars 2025 au Royaume-Uni. Il n’existe pas encore de version française — une lacune que les éditeurs francophones auraient tout intérêt à combler rapidement.

La présidente du jury 2026, Natasha Brown, a salué « un livre captivant, d’une sophistication subtile », qui « réussit à la fois comme histoire d’amour et comme roman postcolonial incisif ».

Une voix multiple, ancrée dans les marges créatives

Née en 1984, Yang Shuang-zi est une autrice aux pratiques plurielles : elle écrit de la fiction, des mangas et des scénarios de jeux vidéo. Une trajectoire qui dit beaucoup sur la porosité des frontières entre cultures dites légitimes et populaires.

Avec une autodérision assumée, elle a confié que ses recherches pour Taiwan Travelogue ont eu deux effets concrets sur sa vie : « mes économies ont diminué ; mon poids a augmenté ».

Une shortlist qui reflète la diversité des littératures du monde

L’édition 2026 comptait six finalistes. Parmi eux, la Française Marie NDiaye, lauréate du prix Goncourt 2009 pour Trois femmes puissantes, concourait avec The Witch (La Sorcière), publié en français dès 1996 mais seulement traduit en anglais cette année.

Étaient également en lice : l’Allemande Shida Bazyar (The Nights Are Quiet in Tehran), la Bulgare Rene Karabash (She Who Remains), toutes deux à leur premier roman traduit, ainsi que l’Allemand Daniel Kehlmann (The Director) et la Brésilienne Ana Paula Maia (On Earth As It Is Beneath).

L’an dernier, le prix avait été décerné à l’écrivaine et militante indienne Banu Mushtaq pour Heart Lamp, un recueil centré sur la vie quotidienne de femmes des communautés musulmanes du sud de l’Inde. Une ligne éditoriale du jury qui, ces dernières années, a également distingué Han Kang, Annie Ernaux et Olga Tokarczuk — toutes trois ultérieurement récompensées du prix Nobel de littérature.

Avec AFP