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Affaire Lyhanna : Darmanin ordonne la révision de 70 000 plaintes impliquant des mineurs et reconnaît que « la parole des enfants n’est pas prise au sérieux »
Une institution judiciaire en état de crise
La mort de Lyhanna, 11 ans, disparue le 29 mai 2026 et retrouvée sans vie dans le Gers, a provoqué une onde de choc dans la justice française. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a convoqué en urgence l’ensemble des procureurs généraux du pays pour le lundi 8 juin 2026, avec une mission claire : passer en revue 70 000 dossiers de violences sexuelles impliquant des mineurs avant le 14 juillet.
Derrière ce chiffre vertigineux, une réalité que le garde des Sceaux lui-même a dû admettre publiquement : « on ne prend pas au sérieux la parole des enfants ».
Un suspect signalé, jamais poursuivi
Le suspect dans l’affaire Lyhanna, Jérôme B., 41 ans, était pourtant connu des services judiciaires. Une plainte pour viols sur une fillette de 10 ans avait été déposée dès le 22 août 2025 à la brigade de gendarmerie de Plaisance-du-Touch.
Ce dossier avait été transmis au parquet d’Auch en décembre 2025, puis à la gendarmerie en janvier 2026. Résultat : aucune poursuite n’a jamais abouti. Lyhanna est morte.
Ce n’est pas une défaillance individuelle. C’est le symptôme d’un système judiciaire engorgé, dans lequel 3 millions de procédures sont en attente dans les tribunaux français — dont 70 000 concernent des viols et attouchements sur des femmes et des enfants.
« L’institution judiciaire n’a pas su protéger cette petite fille »
Interrogé sur TF1 le 4 juin, Darmanin n’a pas cherché à esquiver. « L’institution judiciaire n’a pas su protéger cette petite fille », a-t-il reconnu, présentant ses « excuses à la famille de la victime au nom de la Justice » et qualifiant la situation d’« immense échec ».
Des mots forts. Mais des mots qui soulèvent une question structurelle que le ministre ne peut pas esquiver : comment une plainte pour viol sur mineure peut-elle rester sans suite pendant près d’un an, pendant qu’un suspect en liberté côtoie des enfants ?
Une réunion d’urgence à la Chancellerie
La réponse institutionnelle prend la forme d’une réunion de travail fixée au 8 juin 2026 à 8h30 au ministère de la Justice. Tous les procureurs généraux de France y sont convoqués.
Darmanin leur demandera de « reprendre l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants » — soit environ 70 000 dossiers — avant l’échéance symbolique du 14 juillet.
Pour signifier la gravité de la crise, le ministre a déclaré sur LCI ce dimanche 7 juin : « Je ne partirai pas en vacances » tant qu’il n’aura pas reçu « un par un les procureurs généraux ».
Un audit national, mais quelles garanties ?
L’annonce d’un audit national des dossiers impliquant des mineurs est une première. Elle est aussi le signe d’une pression populaire et médiatique qui a rendu l’inaction politique intenable — notamment après la marche blanche qui a réuni 6 000 personnes à Fleurance, dans le Gers.
Reste une question que les familles de victimes, les associations féministes et les professionnels de l’enfance posent depuis des années : l’urgence politique se traduira-t-elle en moyens structurels — recrutements de magistrats, réforme des procédures, formation spécifique aux violences sexuelles sur mineurs — ou restera-t-elle un geste symbolique de plus ?
Pour Lyhanna, il est trop tard. Pour les dizaines de milliers d’enfants dont les plaintes dorment dans des dossiers en attente, la réponse à cette question est une question de vie ou de mort.




