Cultivez vous en vous amusant
Le second tour des municipales à Marseille a changé de forme mardi 17 mars. Le candidat de La France insoumise, Sébastien Delogu, a annoncé le retrait de sa liste, arrivée quatrième au premier tour avec 11,94 % des voix. Cette décision intervient après l’échec des discussions avec le maire sortant Benoît Payan, qui avait refusé toute alliance avec LFI et déposé sa propre liste dès lundi. Avec ce retrait, Marseille se dirige désormais vers une triangulaire entre Benoît Payan, le candidat du Rassemblement national Franck Allisio et la candidate de la droite et du centre Martine Vassal.
Un retrait présenté comme un barrage au RN
Sébastien Delogu a justifié sa décision par le risque d’une victoire du Rassemblement national dans la deuxième ville de France. Dans sa déclaration, il a accusé les socialistes d’avoir fait preuve de “sectarisme” et “d’irresponsabilité”, tout en expliquant retirer sa liste au nom de la “responsabilité”. Il n’a pas appelé explicitement à voter pour Benoît Payan, mais il a demandé à ses électeurs de ne pas “abandonner la lutte antifasciste”.
Ce positionnement traduit une tension fréquente dans les entre-deux-tours municipaux. Une fusion permet à deux listes qualifiées de se réunir sur une bannière commune pour le second tour. Un retrait, lui, laisse les électeurs libres de leur choix, sans recomposition formelle de l’offre politique. Dans le cas marseillais, la seconde option s’est imposée faute d’accord.
Pourquoi l’accord avec Benoît Payan a échoué
Au lendemain du premier tour, la gauche marseillaise apparaissait divisée. Benoît Payan, en tête avec 36,70 %, devançait de peu le député RN Franck Allisio, crédité de 35,02 %. Derrière eux, Martine Vassal obtenait 12,45 % et Sébastien Delogu 11,94 %, ce qui ouvrait théoriquement la voie à un maintien de la liste LFI ou à une fusion avec la liste de gauche arrivée en tête.
Cependant, Benoît Payan a très tôt fermé la porte à tout rapprochement avec LFI. Selon Le Monde, le maire sortant a déposé ses listes dès lundi 16 mars, actant son refus d’une recomposition avec les “insoumis”. Ce choix a nourri une forte critique dans une partie de l’électorat de gauche, qui redoutait qu’une division favorise le RN dans un duel serré.
Une triangulaire très serrée à Marseille
Le retrait de Sébastien Delogu modifie l’équation électorale, mais il ne simplifie pas totalement le scrutin. Martine Vassal a confirmé son maintien dès lundi, ce qui empêche un face-à-face direct entre Benoît Payan et Franck Allisio. Le second tour prendra donc la forme d’une triangulaire, un scénario dans lequel trois listes restent en compétition. Ce format peut redistribuer les voix de manière moins prévisible qu’un duel.
A Marseille, cet élément compte particulièrement. L’écart entre Benoît Payan et Franck Allisio au premier tour est inférieur à deux points. Dans ce contexte, le comportement des électeurs de LFI et de la droite modérée pèsera lourd sur l’issue du vote de dimanche. Le premier tour a d’ailleurs confirmé que Marseille figure parmi les grandes villes où le RN se trouve en position réelle de conquête.
Une séquence politique qui dépasse Marseille
L’épisode marseillais s’inscrit dans un climat national marqué par des négociations tendues à gauche entre le Parti socialiste, les écologistes et LFI. Dans plusieurs grandes villes, les résultats du premier tour ont forcé les partis à arbitrer entre fusion, maintien ou désistement. Les choix faits localement ont souvent révélé des désaccords politiques plus profonds que la seule gestion municipale.
Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs salué le “sang-froid” de Sébastien Delogu tout en dénonçant le “sectarisme” de Benoît Payan, selon les comptes rendus de presse. De son côté, le maire sortant a qualifié le retrait de Delogu de décision “difficile” mais conforme, selon lui, au seul choix possible. Cette confrontation de récits montre que, même après le retrait de la liste LFI, la fracture politique reste entière à gauche.
Un second tour sous très haute tension
La décision de Sébastien Delogu ferme l’hypothèse d’une quadrangulaire, qui paraissait encore possible lundi. Elle ne règle pourtant ni la question du rassemblement à gauche ni celle du report des voix. Marseille entre désormais dans une dernière semaine de campagne dominée par un enjeu simple et lourd: savoir si le retrait de LFI suffira à contenir la poussée du RN dans l’une des villes les plus symboliques du pays





